Toy Story 5, notre critique du film Pixar : Woody, Buzz et Jessie risquent l'obsolescence

Pixar confronte Woody, Buzz, Jessie et toute la bande à la menace d'une technologie qui rend les jouets obsolètes. Le vétéran Andrew Stanton dirige. Notre critique du film d'animation.

La petite Bonnie a des problèmes relationnels avec ses pairs, également parce que presque aucun d'entre eux n'utilise de jouets, alors ses parents capitulent et lui donnent une jolie tablette, Lilypad : il va sans dire qu'elle est immédiatement identifiée comme l'ennemi absolu par Jessie, Buzz et les autres jouets, évincés dans le cœur de la petite fille en un rien de temps. Mais Lilypad résoudra-t-il vraiment tous les problèmes de Bonnie ? Cela demandera peut-être un peu plus d'efforts à chacun : les êtres humains entretiennent cet étrange besoin de connexion physique…

En plus d'être le créateur de Finding Nemo et de Wall-E, le réalisateur chevronné Andrew Stanton a un lien profond avec la saga Toy Story : il a toujours participé à l'histoire et/ou au scénario de tous ses chapitres, depuis le fondateur de 1995. Il ne pourrait donc y avoir de meilleure personne désignée par Pixar pour tenir à distance les rendez-vous périodiques avec les marques phares qu'exige Disney : co-écrit par lui avec l'artiste scénariste Kenna Harris, Toy Story 5 parvient à avoir une raison d'être bien plus solide que celle-là. du précédent Toy Story 4, même si on ne l'envisagerait pas vraiment améliorer de ce dernier. Il semble que, bien que pour des raisons différentes, le résultat artistique de ces deux longs métrages soit équivalent, tant ils ont osé rouvrir l'une des trilogies les mieux fermées de l'histoire.

Toy Story 5 souffre certes de la re-proposition d'un monde, de l'humour et de certaines dynamiques qui au cinquième tour sont suffisamment répétitives pour ne plus surprendre : ils peuvent encore divertir (et ça arrive, ne vous inquiétez pas), mais l'étonnement et l'émerveillement qui ont permis à Toy Story de Pixar de révolutionner l'histoire du cinéma sur le plan technique se sont évaporés… et aussi d'éteindre le sarcasme facile sur la pratique des suites, avec un crescendo imprévisible jusqu'au troisième chapitre. Ici, dans ce cas, même si faire de Jessie le protagoniste de facto (avec Buzz et surtout Woody comme seconds rôles) devrait faire bouger les choses, la dynamique de la relation symbiotique avec les garçons et les filles est désormais une évidence, quoique toujours suffisamment douce pour toucher une corde sensible auprès d'une partie du public. Et il n'était pas vraiment nécessaire de se plonger dans le passé de Jessie, qui était déjà si important sur le plan émotionnel dans Toy Story 2 (1999).
Il est louable qu'ils aient finalement osé un rendu un peu différent, abstrait et avec un goût artisanal pour les réalités alternatives des jeux de filles : cela peut même suffire, car dans l'ensemble on ne s'attend pas à des révolutions dans le look d'une saga qui doit conserver sa reconnaissabilité. Cependant, cela ne signifie pas que le reste du film a une mise en scène purement fonctionnelle, qui ne peut pas récupérer dans la mise en scène l'étonnement épuisé dans l'histoire (même multiplier Buzz ne suffit plus).

Cependant, là où Toy Story 5 bat Toy Story 4, à notre avis, c'est dans la raison d'être susmentionnée : est une suite construite sur l'idée que ses protagonistes et son sujet même (les jouets) sont dépassés. Ce n'est pas du tout une idée faible, et en effet elle finit par avoir une saveur métanarrative involontaire (?) : bien sûr, nous parlons de jouets rendus obsolètes par les mondes virtuels des smartphones et des tablettes, mais considérer les protagonistes comme passés de mode, au moment même où l'on crée le cinquième chapitre d'une saga, est une démarche audacieuse. Le débat sur la technologie est alors forcément nuancé, comme on l’attend naturellement d’une réalité créatrice qui l’a révolutionnée il y a trente ans : on ne peut la condamner, mais on peut réaffirmer tout ce qu’elle peut nous apporter si elle est véritablement au service de notre humanité. Le scénario connaît des demi-mesures et rappelle qu'il existe non seulement l'opposition entre numérique et analogique, mais aussi une génération intermédiaire de divertissement électronique, elle-même démodée et oubliée bien plus vite que l'ultravintage.
Pixar a toujours parlé du temps qui passe, mais ici il va plus loin et parle d'une accélération contre nature du temps, à opposer plutôt qu'à accepter comme d'habitude : lorsque le parcours thématique est clarifié, Toy Story 5 porte un coup mortel qui nous a fait monter les larmes aux yeux, dans une scène dans laquelle Bonnie subit une si lourde humiliation, ce qui est malheureusement tout à fait naturel à l'époque dans laquelle nous vivons. Ici, la force de Toy Story 5 réside dans le fait de dénoncer que, alors que dans la croissance d'Andy et des « vieux » enfants il y avait quelque chose de mélancolique mais naturel, les jeunes générations sont obligées de développer rapidement une armure froide, dans un système qui déshumanise. Et là où les histoires métaphoriques des films précédents résumaient des chemins communs à nous tous, ici l'histoire suggère que nous ne serons peut-être pas tous sauvés, mais seulement quelques-uns, comme les deux petites filles chanceuses de ce film.
En 2026, évidemment, « tomber dans le style » ne suffit plus. Il vous suffit de voler.