Le succès de Joker est incontestable : le film de Todd Phillips a dépassé le milliard de dollars au box-office, a obtenu 11 nominations aux Oscars et a offert à Joaquin Phoenix la statuette du meilleur acteur. Pourtant, même une histoire aussi célèbre présente certains passages qui, à y regarder de plus près, peuvent laisser perplexe.
Ce ne sont pas forcément de véritables erreurs : dans certains cas, ce sont des choix narratifs qui fonctionnent sur le plan symbolique, mais beaucoup moins si on essaie de les lire selon la logique interne du film. Voici trois aspects de Joker qui continuent de susciter des discussions.
La mort des parents de Bruce Wayne
L'un des moments les plus emblématiques de la mythologie de Batman fait irruption dans la fin de Joker presque sans avertissement. Lors des émeutes qui secouent Gotham, Thomas et Martha Wayne quittent le cinéma en compagnie du jeune Bruce et sont tués par un homme portant un masque de clown. Le lien avec les origines de Batman est évident mais, précisément pour cette raison, la scène semble presque « obligatoire ». Joker a passé une grande partie de son exécution à se concentrer uniquement sur Arthur Fleck et sa descente dans les abysses : tout à coup, l'histoire se connecte directement à la naissance de son futur antagoniste, déplaçant l'attention et brisant le rythme du film. La scène a certes une valeur symbolique, notamment parce qu'elle met en parallèle deux destins voués à devenir légendaires. Cependant, dans l'histoire d'Arthur, son poids est étonnamment limité.
Comment Arthur arrive-t-il au talk-show sans être dérangé ?
C’est probablement la question la plus concrète. Après avoir tué Randall et provoqué la mort de Murray Franklin à la télévision en direct, Arthur est invité au programme de Murray. Le problème, c'est au moment où il arrive au studio : Arthur apparaît déjà complètement transformé en Joker, après avoir commis plusieurs meurtres et alors que Gotham est désormais dans le chaos. Il parvient pourtant à pénétrer dans le bâtiment, à monter sur scène et à participer à l'émission sans que la sécurité ne semble particulièrement inquiétée. La scène fonctionne très bien cinématographiquement, mais il est plus difficile de l'imaginer comme une situation plausible. D’autant plus qu’à ce moment-là, Arthur est désormais au centre d’une série d’événements criminels qui secouent la ville.
Quel est réellement le message de Joker ?
La question la plus intéressante concerne cependant le sens global du film. Joker parle d'exclusion sociale, de solitude, de violence, de santé mentale et d'inégalité. Mais lequel de ces éléments doit être considéré comme le véritable cœur de l’histoire ? Le film n’apporte pas de réponse définitive, et c’est probablement cette ambiguïté qui le rend si controversé. Arthur est à la fois une victime, un homme désespéré d'être vu et un tueur responsable d'actes terribles. La fin contribue également à entretenir le doute : ce que nous avons vu s'est-il réellement produit ou a-t-il été filtré dans l'esprit d'Arthur ? Joker ne ferme pas vraiment ces possibilités et laisse au spectateur le soin de décider dans quelle mesure son histoire est réelle. En pratique, cela cesse définitivement d'être une histoire d'origine sur Joker et devient quelque chose de beaucoup plus nuancé : une histoire qui, bien qu'elle pose de nombreuses questions, n'a pas l'intention d'y répondre à toutes.