Le chef de la résistance française pendant l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale est au centre de l'histoire de Moulin, le nouveau film de Laszlo Nemes avec Gilles Lellouche présenté en compétition au Festival de Cannes. La critique de Mauro Donzelli.
Dans les gares bondées et les journées frénétiques de juin 1943, en pleine occupation allemande de la France, Laszlo Nemes isole deux personnages parmi tant d'autres, y arrive à son rythme puis concentre le défi entre Jean Moulin (Gilles Lellouche) et Klaus Barbie (Lars Eidinger). le chef de la résistance parachuté avec l'ordre de De Gaulle de ramener la tranquillité dans les rangs de l'opposition silencieuse et armée à l'ennemi, de marcher tous en harmonie vers la même solution, de déranger l'envahisseur le plus possible jusqu'à l'arrivée des libérateurs ; et le proverbial bourreau de Lyon, tristement célèbre comme officier SS particulièrement féroce et violent pour arrêter les résistants et les faire parler de ses méthodes.
Comme tout mouvement secret de ce genre, évidemment, les informations obtenues en cas d'arrestation d'un membre deviennent cruciales. C'est précisément en cela que Moulin, connu sous son nom de guerre Max, est devenu célèbre et admiré pour sa capacité à endurer toutes les tortures sans parler, malgré son arrestation à Lyon, son transfert à Paris, ne mourant de ses blessures que lors d'une nouvelle tentative de le conduire en train à Berlin, directement sous le contrôle d'un Hitler particulièrement irrité par l'obstination du prisonnier.
Némès s'appuie sur son film 35 mm tant aimé pour donner une texture ancienne à sa vision nocturne du duel entre les deux, Moulin et une Barbie infirme la première fois avec un Barbier moqueur. L'auteur hongrois poursuit son analyse du XXe siècle et des distorsions du totalitarisme, en tournant pour la première fois un film en France où il a étudié et formé, en tournant en français.
D'un auteur capable d'innover, comme dans Le Fils de Saül, avec une vision aussi personnelle qu'extrême de la narration en images de l'innommable tragédie de la Shoah, on aurait imaginé un regard formel personnel, mais chez Moulin il choisit le classicisme. En effet, en décrivant Barbie et ses sbires comme des animaux hurlants assoiffés de sang et de pouvoir, elle semble revenir à une vision didactique et didactique, prête à rappeler aux nouvelles générations « ce qui a été ». Ce faisant, il accomplit la tâche avec une main solide, quoique quelque peu scolastique, tout en offrant un niveau de soin formel remarquable dans la récupération des couleurs et des décors de cette époque, même si Lellouche n'y participe pas pleinement.
Il n'y a pas beaucoup de place pour les gris et les compromis, ce n'est pas ce qui intéresse Nemes, encore moins les mécanismes de la structure secrète de la résistance. Il se limite – il en est toujours vraiment un diminutif – représenter la figure héroïque d'un homme, dans la vie civile préfet de province, capable de souffrir pour ne pas trahir ses camarades de combat, qui a ensuite aidé le mouvement de rébellion contre les nazis dans une France libre prête à construire son destin dans l'après-guerre sous l'égide de De Gaulle. Une figure symbolique, capable de réagir à la trahison par un silence inébranlable, dont Nemes veut se souvenir pour garder vivante encore aujourd'hui sa signification et sa valeur de témoignage. À l’ère des distinctions et des relativisations bon marché, elle a une valeur civile qu’il ne faut pas sous-estimer.
En note de bas de page, on se souvient que Barbie a échappé aux procès alliés à la fin de la guerre, s'est enfuie en Amérique du Sud, travaillant pour les services boliviens et américains, pour n'être arrêtée et condamnée à la prison à vie en France que dans les années 1980.