la critique du film sur l'obsession d'une femme pour l'un des mystères de l'humanité

Des lignes dans le désert qui représentent l'un des mystères les plus fascinants de l'histoire de l'humanité et l'obsession d'une jeune femme d'un autre monde pour la mémoire d'un peuple ancien. Lady Nazca est un conte séduisant réalisé par Damien Dorsaz. La critique de Mauro Donzelli.

Il y a un moment où tout change, dans cette histoire de souvenirs anciens et d'obsessions modernes. Un très gros plan dans lequel on voit apparaître cette obsession sur le visage et les yeux d'une jeune femme qui, on le comprend tout de suite, va changer sa vie à jamais. Tout cela arrive lorsque, au cours d'un voyage de travail sans importance particulière, lui et son patron se retrouvent à parcourir l'arrière-pays désertique du Pérou et voient, pour la première fois, des lignes millénaires tracées dans le sol, un témoignage archéologique unique, parmi les plus incroyables de l'histoire de l'humanité. La jeune femme s'appelle Maria Reiche, elle est originaire de Dresde, mais elle deviendra célèbre sous le nom de Lady Nazca, dans cette histoire sur la façon dont un jeune professeur de mathématiques expatrié à Lima, au Pérou, est devenu l'un des archéologues les plus célèbres.

Nous sommes en effet dans le pays sud-américain de 1936, tout comme à l'autre bout du monde, en Europe d'où sont originaires les protagonistes de cette histoire, plus encore en Allemagne, l'air est irrespirable, le nazisme se consolide et la guerre semble proche. Maria est une expatriée à la recherche d'une vocation, cela pourrait être les mathématiques, mais c'est avant tout un moyen de quitter l'Europe et de poursuivre la recherche commune à tout jeune avide d'avenir. C'est justement la suspension temporelle d'une communauté d'Européens aperçus pour une fois ailleurs, au moment où leur monde s'enflammait, une des qualités de l'atmosphère créée dans ce film de Damien Dorsaz, un acteur qui a dans son histoire personnelle une passion non moins grande pour le Pérou, qui avait déjà parlé de cette héroïne méconnue dans un documentaire il y a une vingtaine d'années.

Une obsession qui se reflète dans celle de Maria, qui l'a amené à débuter avec cette histoire qui se concentre sur les premières années d'une longue vie consacrée à Nazca, lui permettant de dresser le portrait de l'obstination d'une femme qui a dû se battre beaucoup pour être prise au sérieux, pour surmonter les intérêts étroits du moment de nombreuses classes politiques locales, peu intéressées à protéger cette terre de la spéculation. Et ce faisant, il trouve un langage commun avec les populations indigènes qui, dans ces régions, vivent encore d'une manière qui n'est pas très différente des siècles. Les véritables héritiers de la civilisation de Nazca, qui a prospéré dans cette région il y a quelques milliers d'années, ainsi que les Incas qui ont pris le relais de leurs profondes connaissances en astronomie et en ingénierie.

Un voyage capable d'harmoniser le courage personnel d'une femme avec un regard épique sur un monde postcolonial séduisant, tandis que la poussière du désert rampe jusqu'au regard du spectateur, grâce également à l'interprétation de la émergente Devrim Lingnau dans le rôle de Maria Reiche, qui fait ressortir la force et l'énergie d'une mission impossible devenue raison de vivre, essayant de préserver les traces d'un passé lointain, en faisant un témoignage vivant et partagé pour un jeune pays.