L'examen des substances

Après Vengeance, la réalisatrice française Coralie Fargeat revient avec une horreur cronenbergienne, ironique, super-éclaboussante, féministe et percutante. La critique de The Substance par Federico Gironi.

Ne vous attendez pas à des scripts logiques, scientifiques et à l'épreuve des balles lorsque vous allez voir La substance: pouquoi Coralie Fargeat s'en fout des règles, et souhaite juste porter son histoire à l'écran de la manière la plus libre et la plus efficace possible, au diable la cohérence..
Si tu veux voir à la place une horreur pleine d'ironiequi traverse les nuances et les références du genre, et qui est capable de faire des discours idiots sur l'obsession contemporaine de la jeunesse et de la beautéet comment cela est dû principalement à une société de divertissement qui impose au corps – de la femme – des normes inaccessibles, dictées par un domination toujours incontestée du regard et du désir masculinseh bien : alors ne le manquez pas.

Que Coralie Fargeat était une réalisatrice capable de bien faire le genre, et de le faire en mettant en avant les bonnes revendications féministes, a été démontré avec son premier film, le précédent Vengeance. Avec La substance la Française a relevé la barre de l'ambition, en réalisant un film plus complexe, plus détaillé, plus riche en thèmes et en personnages.
La première chose que l'on remarque est la forme, très différente de celle de Revenge : Fargeat a recherché et atteint une élégance stylisée et une précision orthogonale, capable d'être animée d'abord puis perturbée par le chaos inexorable qui se déchaînera dans le film. L'image de Fargeat est fétichiste, à la croisée des chemins entre Refn, Wes Anderson, Peter Strickland (dont il adopte également le fétichisme sonore) et Jessica Hausner.et capable d'un symbolisme clair et puissant.
Il suffirait de réfléchir à la façon dont il raconte l'ascension et la chute d'une star – sa protagoniste Elizabeth, interprétée par Demi Moore – avec le plan fixe, en plongée, sur l'étoile qui lui est dédiée sur le walk of fame : un timelapse nous montre comment elle n'est plus fréquentée, et comment le temps la détériore physiquement, avec des fissures s'ouvrant à sa surface.

Des crevasses que sont les rides – rares, très rares – du visage de Moore, ou plutôt d'Elizabeth, qui à 50 ans est brutalement éliminée par la chaîne de télévision pour laquelle elle travaille (c'est une sorte de Jane Fonda dans son sport d'aérobie) phase), et qui se regarde dans le miroir n'acceptant pas que son corps ne soit plus aussi ferme et tonique qu'il l'était autrefois.
Tout cela l'amène donc à utiliser « la substance » du titre, un mystérieux sérieux qui lui fera accoucher, depuis sa colonne vertébrale, d'un clone plus jeune, plus beau, en meilleure forme qu'elle, une mère porteuse qui, une semaine sur deux. , pourra vivre la vie qu'elle ne pense plus pouvoir vivre.

De ceci inspiration clairement cronenbergienne, La substance avance sur des chemins qui sont quelque peu évidents et plutôt pas : car s'il est clair que des problèmes surgiront lorsque Sue di Marguerite Qualley, ou le jeune et beau double d'Elizabeth, qui aura évidemment tout de suite le succès que sa matrice n'a plus, ne respectera pas l'alternance exigée par le fond. Les règles sont en effet claires : sept jours d'état de conscience de la part de la copie, avec la matrice dans une sorte de catalepsie, sept au contraire. Prise par la faim de vie (de jeunesse) et de réussite (de tous), Sue va s'égarer presque immédiatement, avec pour conséquence de voir des parties du corps de sa matrice vieillir brusquement.
À ce stade, on pourrait s'attendre à ce que, par vengeance, Elizabeth fasse de même, déclenchant ainsi un processus rapide de rancune mutuelle et d'anéantissement, mais les choses ne se passeront pas ainsi.

Le sens de The Substance est clair : même lorsqu'il s'agit de conséquences extrêmes, l'idée qu'une partie de soi qui n'a pas subi le poids du temps et qui continue de réaliser ses rêves, même vécue de seconde main, semble irrésistible. . Donc, il n'est pas là, dans le film de Fargeat, comme on aurait pu l'imaginer une jeunesse qui cannibalise la vieillesse triompher, mais une vieillesse qui me mortifieillusion d'éternité qui mènera à la destruction, atteignant la corruption de tout le monde. Passer de la beauté à la monstruosité la plus absolue.
Sans entrer dans les détails, en effet, Fargeat aborde le mythe de dans son film Frankenstein comme le Monstres par Todd Browning, de passage La mouche (encore Cronenberg) mais aussi la créature informe de Qu'est-ce carpenteriana, jusqu'à un final où il met en scène des situations d'éclaboussures rappelant celles de Peter Jackson de ses débuts, de films comme Mauvais goût et particulièrement Mort cérébrale.

Explicite dans sa mise en scène du corps féminin presque jusqu'à l'inconvenance, The Substance parvient néanmoins à justifier pleinement ses choix, au nom de la condamnation d'un système – médiatique et culturel – où il est le besoin masculin d’exposer et de marchandiser le corps féminin pour son propre usage et consommationet pour transmettre de manière subliminale le besoin de perfection constante et le rejet du processus naturel de transformation du corps au fil du temps. Les déclarations « politiques » n'alourdissent cependant jamais le récit, restant dans la métaphore, dans le filigrane, encore fonctionnelles à un dénouement du récit capable de fonctionner de manière autonome, et de mêler répulsion et rire tout au long de son (peut-être un peu durée excessive).