Look Back : la critique du film émouvant de Hirokazu Koreeda en compétition à Venise

Le rêve d'une petite fille et de son amie de dessiner un manga qui puisse prendre vie en anime est au centre du splendide et poétique Look Back de Hirokazu Koreeda, présenté en compétition à la Mostra de Venise. L'avis de Mauro Donzelli

L'enfance avec ses rêves d'avenir, son deuil et l'art capable d'y faire face sans tout donner pour perdu. On retrouve bien des thèmes chers à Hirokazu Koreeda dans cette histoire de deux jeunes adolescents aux prises avec un rêve capable de devenir une raison de vivre obstinée. En fait, Fujino et Kyomoto partagent une page manga dans le journal de leur école. Mais ils ne se connaissent pas et ne se rencontrent qu'à la fin de leurs études, presque par hasard, devenant ainsi inséparables. Fujino est déterminée à exceller et possède un réel talent, et son rêve est de devenir mangaka, auteur de bandes dessinées japonaises. Kyomoto, qui a également grandi dans la région du Tōhoku, au nord du Japon, est chroniquement timide et solitaire, à la limite du hikikomori. Pour elle, chaque minute est cruciale pour dessiner et s’améliorer. Tous deux consacrent chaque instant au dessin, et depuis treize ans Koreeda raconte leur rêve de devenir auteurs de mangas, puis de séries adorées des lecteurs et, ensuite, de les voir se transformer en anime.

Peu d’auteurs comme le réalisateur japonais sont capables de représenter l’enfance avec candeur, tendresse mais sans fioritures rhétoriques, et cette adaptation du manga original Look Back ne fait pas exception. Dès le début on est plongé dans le quotidien de ces deux petites filles, puis adolescentes, puis professionnelles, interprétées à merveille par quatre jeunes comédiennes empathiques. La fluidité du récit propose des tableaux animés de la réalité accompagnés des saisons de leur ville, celles climatiques mais aussi celles de la croissance de ces deux artistes en herbe, rivaux avant de se rencontrer, du moins pour Fujino, et meilleurs amis dans leurs années de formation. Mais, comme dans tout portrait crédible de la vie, notamment dans le domaine artistique, une certaine jalousie peut poindre, ou à mesure que les besoins grandissent, elles se chargent de besoins différents, et le cinéma de Koreeda est certes un film d'une élégance somptueuse, mais qui est bien conscient des obstacles et des accidents de la vie, même pour les plus jeunes.

Le destin semble avoir travaillé pour les réunir, Fujino et Kyomoto, ce sera alors à eux de prendre soin les uns des autres, mais surtout d'eux-mêmes, et de comprendre quand il sera temps de regarder en arrière et de recommencer. Visuellement, le film est une ballade à couper le souffle et admiré pour son rythme et sa capacité à représenter l'obstination poignante des deux irrésistibles artistes en herbe, sur fond de nature et d'un Japon provincial qui donne immédiatement envie de contribuer au surtourisme en achetant un vol à la mi-temps.

Mais un travail tout aussi raffiné est celui sur le son, dans un travail par l'image comme celui du designer. Du crayon sur des petites feuilles de papier pour s'entraîner enfant, en passant par les plumes métalliques et l'encre de Chine pour graver avec force sur du papier poreux et, enfin, lorsque la création artistique se professionnalise, presque un manga du Fordisme, on passe au stylo numérique sur grands écrans.

Fujino donne à son amie Kyomoto la force de quitter sa chambre et de s'aventurer dans le monde. Quel cadeau plus doux pouvez-vous offrir à une autre personne ? Leur synergie les amène également à partager réellement chaque table, Kyomoto concevant les décors et Fujino leur donnant vie définitivement et en profondeur. Look Back est une touchante histoire d'amitié qui remplit le cœur et fait sourire sans retenue, nous ménageant le temps de nous faire bouger et de tailler un final magistral, cathartique et déstabilisant.