La guerre en Afghanistan vient de commencer et, près du barrage de Kajaki, dans le sud du pays, un groupe de parachutistes britanniques est engagé dans une mission en apparence ordinaire. Leur tâche est de contrôler la zone et de contrer les activités des talibans. Mais aucun d’eux ne peut imaginer que le plus grand danger ne viendra pas de l’ennemi : il sera caché sous leurs pieds.
C'est la prémisse de Kilo Due Bravo, un film de 2014 réalisé par Paul Katis, qui en est à ses débuts en tant que réalisateur, et écrit par Tom Williams. Distribué au Royaume-Uni sous le titre Kajaki : The True Story, il transforme un épisode réel de 2006 en un thriller de guerre claustrophobe, dans lequel la tension ne vient pas d'une bataille spectaculaire, mais de la peur de faire le moindre pas.
Kilo Due Bravo : l'intrigue du film
L'histoire commence avec une petite unité de soldats du 3e Bataillon, les parachutistes de l'équipe Kilo Due Bravo, stationnés sur une crête surplombant le barrage de Kajaki, dans la province de Helmand. Une patrouille de trois hommes est envoyée en reconnaissance pour intervenir contre un checkpoint taliban mais, traversant le lit asséché de la rivière, l'un des soldats marche accidentellement sur une mine. L'explosion le blesse grièvement et transforme immédiatement la mission en opération de sauvetage. Le problème est que ses compagnons, courant vers lui, découvrent qu'ils se sont retrouvés dans un champ de mines banalisé. A partir de ce moment, la situation tourne au cauchemar. Les soldats sont bloqués, les blessés ont besoin de soins et chaque mouvement peut provoquer une nouvelle explosion. L’ennemi qu’ils essayaient d’affronter disparaît presque au second plan, car le véritable adversaire est le terrain lui-même.
L'histoire vraie de Kilo Due Bravo
L'épisode raconté dans le film s'est déroulé le 6 septembre 2006. Des soldats britanniques se trouvaient dans la zone du barrage de Kajaki lorsqu'une patrouille pénétra dans le lit d'une rivière asséchée. La première explosion a grièvement blessé le caporal suppléant Stuart Hale, qui a perdu une jambe. Ses compagnons se sont précipités pour l’aider, mais ils se sont rendu compte qu’ils étaient entrés dans un champ de mines, vestige de la guerre soviétique en Afghanistan dans les années 1980. Les mines n'avaient pas été signalées et personne ne pouvait savoir avec certitude où se mettre les pieds en toute sécurité.
Parmi les hommes impliqués se trouvait le caporal Mark Wright, qui est entré dans le champ de mines pour tenter d'aider ses camarades. La situation s'est rapidement aggravée : d'autres explosions ont provoqué de nouveaux blessés et même l'arrivée de l'hélicoptère n'a pas immédiatement résolu le problème. Wright a continué à coordonner les efforts de secours malgré ses blessures. Les survivants ont finalement été évacués, mais Mark Wright est décédé pendant le déménagement. Pour son comportement héroïque au cours de cette journée dramatique, il reçut à titre posthume la George Cross, l'une des plus hautes distinctions britanniques récompensant le courage démontré dans des circonstances non directement liées au combat.
L'histoire vraie était encore plus difficile à raconter
Kilo Due Bravo n'est pas un film de guerre typique et il est facile de comprendre pourquoi. Les soldats se lancent dans une mission liée à la menace talibane, mais ils ne se retrouvent pas impliqués dans une véritable bataille contre eux. La situation la plus terrible résulte d’une arme laissée au sol des décennies plus tôt. Le champ de mines était en fait un vestige du conflit entre les forces soviétiques et les moudjahidines dans les années 1980. Pour les soldats britanniques de 2006, ces vieilles mines deviennent soudain un piège invisible : ils ne peuvent pas savoir où elles se trouvent, ils ne peuvent pas se déplacer librement et ils ne peuvent même pas atteindre facilement ceux qui ont été blessés.
Le film construit une grande partie de sa tension sur ce paradoxe : il n'est pas nécessaire de voir l'ennemi pour avoir peur. Paul Katis et le scénariste Tom Williams ont choisi de ne pas transformer cet épisode en un film de guerre rempli de fusillades et d'explosions spectaculaires. La véritable histoire était déjà assez dramatique. Le film concentre en effet une grande partie de l'action dans un espace limité et suit surtout l'attente et les tentatives des soldats pour sauver leurs camarades. La musique est également utilisée de manière extrêmement limitée, laissant place aux bruits ambiants, aux explosions et aux réactions des personnages.
Où a été tourné Kilo Due Bravo et dans quelle mesure est-il fidèle à l'histoire vraie ?
Bien que l’histoire se déroule en Afghanistan, le film n’y a pas été tourné. Le tournage a eu lieu en Jordanie, dans la région d'Al-Kafrein, au cours de l'été 2014. La production a duré environ six semaines et a impliqué, outre l'équipe britannique, de nombreux professionnels et figurants locaux. Le film a également bénéficié du soutien de la Royal Film Commission Jordan et des forces armées jordaniennes.
Kilo Due Bravo se présente explicitement comme la reconstitution d'un événement réellement survenu. Bien sûr, il condense et organise les événements pour les transformer en narration cinématographique, mais le cœur de l'histoire est le véritable. La patrouille, le champ de mines anonyme, les tentatives désespérées pour sauver les blessés et, surtout, le rôle de Mark Wright, interprété par David Elliot, décédé après avoir continué à coordonner les secours. Des sources officielles britanniques décrivent l'épisode comme une histoire de courage, d'altruisme et de fraternité entre les soldats impliqués.