Jane Schoenbrun fait mouche cette fois-ci : c'est un film très drôle et très intelligent, tout tourné vers la recherche du plaisir. Lire pour croire. La critique de Camp Miasma : Adolescence, Sexe et Mort de Federico Gironi
Il y a un moment dans Camp Miasma : Adolescence, Sex and Death, qui arrive assez tôt, et j'ai l'impression que c'est le moment où Jane Schoenbrun nous dit de manière très explicite de quoi parle réellement son nouveau film. Au moment en question, le protagoniste, le réalisateur queer Kris (une bonne Hannah Einbinder), se rend chez Billy, l'actrice protagoniste du premier film de la célèbre saga slasher du début des années 1980 qu'elle a été chargée de ressusciter, celle de Camp Miasma. Billy vit isolé du monde et loin des plateaux de tournage depuis des années, et Kris veut la convaincre de jouer dans son film. Le fait est que, lors d'une escale dans un hôtel près de la maison de Billy, Kris, regardant une scène clé de ce premier Camp Miasma, a une révélation et écrit un seul mot en grosses lettres dans son carnet : DÉSIR.
Eh bien, il me semble qu'en plus d'être un très, très méta-film, un hommage à l'horreur du début des années 1980, une histoire aux implications évidemment queer, une intrigue bien pensée et réussie qui alterne rire, gore et citationnisme extrême, Teenage Sex and Death at Camp Miasma est un film qui parle de désir. Le désir sexuel, évidemment. Et donc, au complet, Teenage Sex and Death at Camp Miasma est un film sur la découverte, la libération et l'acceptation de la sexualité, de ses penchants et perversions, sur la perte des inhibitions, sur tout ce qui permet et mène à l'orgasme.
En y regardant de plus près, toute la relation de Kris avec la sienne propre personnel Norma Desmond, le Billy d'une Gillian Anderson très amusée, cette relation qui est le cœur du film en termes de durée et d'importance, ne sera pas tant fonctionnelle à la création d'un autre Camp Miasma, mais plutôt à la libération de son désir, à l'atteinte de son orgasme. Et quand Billy parle d'un trou au fond du lac (il y a toujours un lac, dans ces films slasher que Schoebrun cite et rend hommage) d'où naissent les films, on comprend, ne serait-ce qu'avec le recul, de quoi parle réellement l'actrice. Aussi parce que depuis le début du monde, depuis les Lumières et les Méliès, le cinéma a toujours été cela : le désir.
Jane Schoebrun sait très bien tout cela : elle est intelligente, ça se voit et ça se comprend. Mais contrairement à ses films précédents, il ne fait pas de lourd. Tout comme il n'affiche pas le sien de manière insistante étrangeténon seulement sexuel mais cinématographique, et en effet : dans un film qui divertit et se moque de tout et de tout le monde, même du Hollywood contemporain comme cela semble être si à la mode (pensez à The Studio, mais aussi à Outcome de Jonah Hill), il se moque aussi de sa génération et de sa communauté, de cette tendance à intellectualiser obsessionnellement, à tout lire toujours et seulement avec les (loupes) de études de genre.
Eh bien, si vous regardez bien, ce qui différencie Teenage Sex and Death at Camp Miasma de We're All Going to the World's Fair and I Saw the TV Glow, c'est que dans ce film il y a de la légèreté, de l'ironie, la capacité de se regarder et de se regarder en perspective.
Vous lirez beaucoup de choses sur Vendredi 13, sur ce nouveau film de Jane Schoebrun, et bien sûr, c'est vrai, cette saga est bien là. Mais avec un peu plus de connaissance du genre on se rend aussi compte que la véritable saga slasher de référence est peut-être celle de Sleepaway Camp, et cela dans le look de son tueur (qui s'appelle Little Death, petite mortregardez : en parlant d'orgasme…), le réalisateur s'est aussi beaucoup penché sur le récent In a Violent Nature.
Et bien sûr, Sunset Boulevard, Videodrome, et même une pincée de Twin Peaks et Mulholland Drive. Mais même dans ce cas, le jeu cinéphile et métacinématographique de Schoebrun n'est ni hautain ni lourd. Léger, toujours. Parce que tout comme le sexe, le cinéma est aussi meilleur, il divertit et permet l'orgasme lorsqu'il cesse d'être toujours aussi présent à lui-même, si contrôlé et contrôlant, et s'abandonne au fantasme et – nous l'avons déjà dit – aux mille nuances du désir.
Le coupe finaleAprès tout, il l'a toujours.