Un peu avant minuit, découvrir les erreurs amoureuses : critique du film de Nicolas Pariser

Un homme se retrouve à réfléchir sur son passé et les amours qu'il a vécues d'un point de vue différent. Le mâle qui s'interroge, mais pas seulement, dans le film Un peu avant minuit de Nicolas Pariser avec Melvil Poupaud, en compétition à Venise. La critique de Mauro Donzelli.

Un homme déambule dans Paris, traversant les parcs le jour, les boulevards la nuit, parmi les lumières qui se reflètent sur les trottoirs détrempés. Il le fait seul, ou accompagné de certaines femmes de sa vie. Le cinéma français est itinérant, cela ne fait aucun doute. Il adore marcher, et dans les rues de Paris, on ne peut pas lui en vouloir. Et parlez beaucoup, discutez, réfléchissez, quand vous ne faites pas une pause dans un bistrot. Mais revenons à l'homme en question, qui, avec le réalisateur et le scénariste, répond aux justes considérations que les mouvements de femmes soulèvent souvent ces dernières années : l'homme doit examiner sa conscience. Et Nicolas Pariser a décidé de le faire en racontant, dans Un peu avant minuit, une histoire d'amour entre personnages d'âge moyen, entre 40 et 50 ans. Ou plutôt les histoires d'amour pertinentes du protagoniste, Léo, le toujours impeccable Melvil Poupaud.

Aux prises avec des doutes quant à savoir s’il est possible aujourd’hui de mettre en scène une histoire d’amour « innocente », ou si #MeToo a « définitivement démystifié le désir, et en particulier les premiers instants d’attraction romantique ? Ses mots. Et il faut avouer qu'il ne ménage pas les coups, les moqueries et une véritable déconstruction de l'amour à la vue des quinquagénaires d'aujourd'hui, tandis que Léo fait un voyage à rebours en une semaine à Paris, à la rencontre des femmes avec qui il a eu une liaison, ou « quelque chose », ou aurait aimé qu'il y ait bien plus que quelque chose.

Selon le manuel, le retour en arrière commence à partir d’un moment de crise. Léo, 49 ans, est en effet sur le point de se séparer de sa compagne, avec qui ils ne sont ensemble depuis quelques temps que par habitude. Ils habitent à Nancy, dans l'est de la France, et il est de passage à Paris avant de partir en Italie, pour rencontrer le notaire qui l'a informé du décès de son père biologique, qu'il n'a jamais connu. Avant de partir pour Ferrare, à cause d'un problème, il est obligé de rester quelques jours dans la ville, finissant par faire le point sur sa vie. Probablement malgré elle, certainement aussi suite à une conversation avec sa fille de dix-neuf ans, avec qui elle noue une relation après l'avoir très peu vue étant enfant. Un militant impliqué dans de violents affrontements en cours à la périphérie de la ville. La jeune femme en est certaine, elle ne tombera jamais amoureuse. L’amour est une manière perverse d’objectiver et de dominer les femmes.

C'est alors qu'il rencontra des amis d'autrefois, avec lesquels ils avaient fondé une revue littéraire, dans laquelle il y avait peu de femmes et où elles écrivaient moins que les hommes. Seulement les stagiaires, c’étaient presque toutes des femmes. Il découvre que l'un d'eux a été dénoncé pour harcèlement par dix femmes. Il commence à vouloir rencontrer certaines de ses amours, comme Tina, « anormalement belle au point qu'on ne pouvait s'empêcher d'en parler, elle occupait toute la pièce ». Entre invitations aux « mâles de votre âge » à réfléchir un peu, constatant que l'égérie n'existe pas et que « les gens sont capables de comprendre à quel point ils ont été de gros connards toute leur vie », Léo se retrouve à l'aube de la fin du monde tel qu'il l'a connu, en politique et dans la société, assiégé par les manifestations, mais surtout dans les rapports entre femmes et hommes. De même que c'est lui qui doit réfléchir, ne pouvant espérer que les femmes l'absoudront.

Un peu avent minuit est un examen de l'amour d'aujourd'hui, passionnant et capable de ne pas décevoir, si l'on se laisse aller au rythme des dialogues et des longues promenades dans la ville. L'ironie et le désenchantement ne manquent pas. Un de nos avertissements favoris, venu à Léo de la part d'un vieil ami et associé, alors cinéphile orthodoxe, aujourd'hui convaincu par une autre religion, la religion juive, qui le rejette sans pitié, après l'avoir longuement écouté. « Mais quel genre de vie as-tu vécu ?