Un médecin est dévasté par la violente répression des manifestations contre le régime et par la peur des bombardements israéliens et américains. Il veut en finir et rencontre ses sœurs et son frère avant de rencontrer sa mère. Critique de Mauro Donzelli sur le film A Little Light d'Ali Asgari en compétition à la Mostra de Venise.
« Dans ce pays, on se réveille le matin et on ne sait pas si on y arrivera le soir. » C'est une phrase entre amis, un soir, mais elle résume bien la vie quotidienne du peuple iranien et comment le protagoniste de A Little Light, un nouveau film d'Ali Asgari, l'un des auteurs les plus intéressants de la nouvelle génération d'un des cinémas les plus importants, vit la vie comme un fardeau. Malgré le titre, le lieu est absolument sombre, puisqu'il raconte l'histoire d'un médecin qui a décidé de se suicider. Son cabinet a été fermé et il a été arrêté pendant un certain temps pour avoir soigné des manifestants anti-régime blessés lors des tragiques affrontements de janvier 2025.
Pris entre cette douleur et les bombardements incessants d’Israël et des États-Unis, il ne trouve plus de sens à sa vie. Rien de plus ou de moins. Le dernier jour, il souhaite rencontrer ses sœurs, son frère et enfin sa mère pour les avertir. Il n'accepte aucun raisonnement, et encore moins les pleurs désespérés, à la recherche d'une clé pour changer d'avis. Il espère de l'aide, notamment de sa sœur aînée, avec qui il n'a pas toujours eu une relation facile, pour affronter la dernière étape de ce douloureux voyage, celle avec sa mère. Un chiffre qui correspond au cliché, mais aussi à la réalité, puisqu'il est un aide-soignant, visiblement obsédé par la cuisine et les éventuels kilos perdus par son fils.
Auteur de la simplicité et de la fluidité de la vie quotidienne, Asgari applique l'un des diktats classiques du cinéma iranien, confrontant son protagoniste à une question d'ordre moral, poussant à l'extrême l'acceptation personnelle des décisions et des actions prises. Dans cette obscurité et dans la pénombre des pensées du médecin, la ville et les gens qu'il rencontre vivent comme n'importe quel autre jour, ils vont au théâtre, font du shopping, commentent les attentats. A l'image du portier de son immeuble, qui ose « Trump dit qu'il s'agira d'attentats ciblés. Il ne mentira jamais ». Il est aussi sérieux, soyons clairs, mais c'est une lueur d'ironie dans une histoire dans laquelle une décision désespérée mais solitaire doit composer avec le partage avec les personnes les plus proches, en sachant qu'il y a des dynamiques, des petits gestes et tout autant de plaisirs du petit quotidien, que l'on tient souvent pour acquis, mais qui peuvent mettre la même vie dans une perspective différente.
C'est un Téhéran bourgeois et ordinaire, celui raconté par Asgari, dans lequel les plantes représentent pour le médecin une sorte de gage testamentaire, de témoin vivant qu'il veut laisser à ses proches, après avoir quitté son appartement. Sa certitude granitique commence à se fissurer sans que des mots ne l'émeuvent, auxquels il pourrait répondre de la même manière, mais à travers des rencontres inattendues, comme une dame âgée qui lui demande de l'aider à porter les courses, ou une mère désespérée qui lui demande de continuer à soigner son fils dissident blessé. Mais surtout la découverte que ces déjeuners de famille, souvent reportés sans enthousiasme ou considérés comme des obligations forcées, représentent l'opportunité de partager un refuge d'amour et de protection pour contraster avec l'absurdité et la violence qui surgissent de ces fenêtres mal fermées avec du ruban adhésif, pour éviter d'être brisées lors des bombardements ultérieurs.